Publications par Vlad
Lautaro Fiszman et Pablo Franco / dédicace / Le Naufrage du Wager
 

Le Wager, un navire de la flotte britannique qui a fait naufrage en octobre 1741, en pleine guerre entre Anglais et Espagnols, a une double actualité. Tout d’abord en raison du livre documentaire de David Grann publié aux Éditions du Sous-sol, ensuite par la publication de la bande dessinée argentine Le Naufrage du Wager aux éditions iLatina qui s’inspire des mêmes événements.

Les auteurs de cette œuvre, Pablo Franco (scénario) et Lautaro Fiszman (peinture) profiteront de leur séjour parisien pour venir dédicacer chez nous rue Serpente ce vendredi 24 novembre 2023 à partir de 18h.

À gauche le documentaire de David Grann, à droite la bande dessinée de Pablo Franco et Lautaro Fiszman.

Cette effroyable récit de survie et de choc civilisationnel est ici mis en image par un ancien élève d’Alberto Breccia qui use de son style pictural et nerveux pour amplifier la violence des éléments et des êtres. Le vent, le froid, la démesure des paysages sont rendus avec force à grands coups de pinceau, à la fois libérés et sûrs. La matière est parfois raclée, striée. Il y a là comme un combat permanent ponctué de quelques instants de recul, qui permettent de prendre la pleine mesure de l’aspect dérisoire des gesticulations humaines.

Les lecteurs du livre de David Grann, les Naufragés du Wager, qui l’auront forcément apprécié, auront tout intérêt à lire également cette bande dessinée qui s’avère fort complémentaire. En effet, l’écrivain s’est attaché des aspects que les Argentins ont délaissés. Ces derniers se sont concentrés sur un groupe de naufragés auquel David Grann ne consacre que quelques paragraphes. Il faut savoir que les survivants du naufrage, échoués sur un îlot sauvage de la côte déchiquetée du sud Chili, se sont séparés (en assez mauvais termes !) en deux groupes. D’un côté le Capitaine Cheap et ses fidèles, qui voulaient suivre la mission initiale et remonter la côte Pacifique vers les Nord afin de poursuivre la guerre contre les Espagnols (!). De l’autre côté, « les mutins » réunis autour du chef canonnier Bulkeley, qui espéraient rejoindre le Brésil en passant par le Détroit de Gibraltar d’ouest en est.

Ce groupe sera lui-même subdivisé, car huit hommes furent abandonnés sur une grève quelque part sur la côte de ce qui est aujourd’hui l’Argentine. C’est précisément le sort de ces naufragés-là qui est au cœur de la bande-dessinée alors qu’il n’occupe que quelques pages dans le livre (pages 285, 286 et 357 à 362, très précisément). Le titre original de la BD est d’ailleurs Náufrago Morris, en référence au principal protagoniste, Isaac Morris, survivant de ce groupe qui raconta son histoire dans un livre publié en 1752.

L’Argentine ayant été construite sur l’extermination des peuples qui vivaient sur ces terres, on comprend aisément que ce qui a intéressé les auteurs est la rencontre entre ces Anglais perdus et les Amérindiens de la Pampa sans qui ils n’auraient pas pu survivre.

Sur cette carte empruntée (@ David Grann / Éditions du Sous-sol, 2023), les tirets noirs indiquent le parcours de la troupe des “mutins” menés par le canonnier Bulkeley. En rouge nous avons précisé la zone approximative où furent abandonnés Isaac Morris et ses compagnons d’infortune. En bleu nous avons remis le parcours de l’équipe du Capitaine Cheap, qui figure sur une autre carte du livre de David Grann.

La rencontre de vendredi sera l’occasion de discuter plus profondément avec les auteurs. Selon son éditeur français, Lautaro Fiszman, qui est autant peintre que bédéaste, réalise de très belles dédicaces à la peinture…

Le Naufrage du Wager de Lautaro Fiszman et Pablo Franco, iLatina, 100p. couleurs, 24€. EAN 9782491042356

 
Réouverture printanière
 
Petite table avec son flacon de gel…

Petite table avec son flacon de gel…

Après une petite interruption de quelques semaines, nos librairies sont donc réouvertes au public, depuis hier rue Serpente, depuis ce matin rue Dante.

Quelques préconisations circonstancielles sont énoncées :

• Les arrivants doivent se frictionner les mains au gel hydroalcoolique, que ce soit avec celui mis à disposition ou avec celui qu’ils transportent avec eux. Ils doivent également porter un masque en permanence.
• Il est demandé à chaque personne circulant dans la boutique d’être suffisamment responsable pour se tenir à une distance raisonnable des autres êtres vivants.
• Les libraires portent des masques pour ne pas répandre leurs postillons enthousiastes en même temps que leurs conseils.
Pour l’instant nous suspendons le rachat des livres jusqu’au début du mois de juin. Inutile donc de débarquer avec les cartons de livres soigneusement préparés pendant les journées de confinement. En revanche il est tout à fait possible de nous faire parvenir des listes de vente pour l’avenir, nous les examinerons et nous vous proposerons un rendez-vous pour juin.

Là bas au fond, la porte est ouverte !

Là bas au fond, la porte est ouverte !


 
Fréhel de Johann G. Louis, éditions Nada

Nous avons un ami de la boutique qui en a après les biographies en bande dessinée. "Pouah ! dit-il, quand un auteur se lance dans une biographie, c'est qu'il n'a plus d'inspiration, c'est la fin, c'est une défaite !". Je ne saurais être aussi radical, mais il est vrai que le panorama de la bande dessinée a vu pas mal de ces édifices se construire ses dernières années. La plupart du temps il s'agit de commandes d'éditeurs visant à s'aligner sur des anniversaires de mort ou de naissance. Publier une bande dessinée sur une célébrité ça assure toujours un minimum de vente, ça intéresse les médias qui ne s'intéressent pas à la bédé mais qui vont justement s'extasier "oh dites donc ! Une bio de Trucmuche en BD, oh vraiment il fallait oser !". En plus, pour peu qu'on ait affaire a un personnage à résonance historique on est sûr de vendre quelques centaines d'exemplaires à des centres de documentation et à des bibliothèques, ces braves gens essayant d'extirper la jeunesse de ses écrans à coups de bandes dessinées pédagogiques toutes plus atroces les unes que les autres.

C'est vous dire si je regardais ce nouveau "roman graphique" avec méfiance. Il est vrai que ses jeunes éditeurs (Nada) s'étaient pour l'instant tenu à l'écart de l'argent facile, mais ce n'était pas suffisant pour me convaincre. Le sujet, certes, était pour moi attractif. Je ne connaissais pas grand chose à Fréhel, à part Tel qu'il est, qui est évidemment une excellente chanson. Mais tout de même le vieux Paname, les faubourgs, les Apaches, l'accent parigot, les caboulots, ça me plaît. Et bien le livre m'a séduit.

 
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Dès l'introduction on sent que l'auteur s'est investi. Il part d'une anecdote de 1948 révélatrice et savoureuse, qui va éclairer toute la suite d'une certaine tristesse due à la mise en perspective. Suit un premier chapitre qui raconte la petite enfance de la future chanteuse. En Bretagne. Sa mère qui travaille en région parisienne abandonne en effet l'enfant aux mains de la grand mère à la campagne, et ce pour trois bonnes années. Puis elle se décide à la récupérer et la ramène à Courbevoie, où elle va en fait la laisser se débrouiller. Dès lors la pauvre gosse va se faire son éducation toute seule dans les rues et elle devient la narratrice. Le récit va progresser chronologiquement mais par souvenirs racontés à différents interlocuteurs... Un enfant, un chat, une voisine.

Les décors ne sont pas insistants, mais bien présents et crédibles. Les costumes aussi sont bien étudiés en fonction des décennies qui passent (grosso-modo la première moitié du XXe siècle). Ici pas d'aberration anachroniques et pourtant — ouf— on est pas dans l'étalage de documentation photographique. Les trois années que Johann G. Louis a passé sur son sujet ont été digérées. "Pendant trois ans je pensais tout le temps à Fréhel, je mangeais avec elle, je me couchais avec elle et je me réveillais avec elle !" me racontait-il l'autre matin dans un café de Pigalle. Car l'auteur aime Paris, il aime s'y promener à pied et il a souhaité montrer dans ces pages d'où venait la ville, ce qu'elle était avant, bien avant l'embourgeoisement de tous ses quartiers.

Johann G. Louis a une fascination pour les stars déchues et les femmes au caractère bien trempé... Sunset Boulevard, Bette Davis, Joan Crawford, voilà une partie de son univers. Conjuguée avec son affection pour la capitale, il fallait bien qu'il tombe un jour sur Fréhel. Bien que dessinant depuis toujours il n'avait pas envisagé de faire de la BD. Jusqu'à présent il était plutôt orienté sur le cinéma... Voyez la bande annonce d'un de ses courts-métrages.

Il s'est donc mis tardivement à la bande dessinée avec un premier album au titre remarquable, Shelley - Après l'autruche, tournez à droite, chez le Pélimantin en 2015. "Faire de la bande dessinée me repose de tous ses efforts qu'il faut déployer pour porter un projet de film. Les éditeurs de BD que j'ai rencontrés sont beaucoup moins chiants que les producteurs de ciné. [Johann a eu de la chance !] On ne vous renvoie pas quinze fois votre scénario pour changer une ligne par là, une ligne par ci. Dans le ciné, à la fin, quand tu peux tourner, ce que tu filmes n'a plus rien à voir avec ton scénario !"

Sur près de 280 planches Johann G. Louis déroule donc la vie de celle qui restera comme une figure fondatrice de la chanson française. Passionnant personnage autodestructeur mais endurant : elle vécu presque 60 ans, malgré l'alcool et la drogue. Délaissant l'éther à la mode à Paris au début du XXe siècle, elle découvrit en effet assez tôt la cocaïne alors importée par les Argentins et y convertit son amant Maurice Chevalier.On apprécie la fluidité de la lecture, la légèreté des planches (dessinées au stylo feutre tubulaire 01 noir waterproof Micron Pigma made in Japan, note pour les amateurs, puis colorées à l'aquarelle). Les dialogues sont très soignés et certaines fulgurances irrésistibles ("J'ai mal au crâne, je reprendrais bien un verre !"). Johann G. Louis se montre à l'écrit le digne héritier de la gouaille parisienne dont il convoque le fantôme.

Je ne vais pas m'étendre davantage sur cette nouveauté, qui est donc disponible dans nos deux échoppes, car il faut laisser de la matière à la soirée qui va se tenir le Vendredi 12 octobre, sans doute à partir de 18h, dans la librairie de la rue Serpente. Il s'agit donc d'une rencontre-dédicace avec Johann G. Louis. Il viendra accompagné de la comédienne Delphine Grandsart et du musicien Matthieu Michard, qui enrichiront la soirée d'intermèdes musicaux parfaitement raccords avec le sujet (ces deux là vont bientôt reprendre leur spectacle sur Louise Weber dite La Goulue à l'Essaïon Théâtre en novembre).

Il y aura donc des artistes, au moins un bon livre, du vin, des bulles, mais pas de cocaïne. Ceux qui veulent lire le livre avant cette soirée peuvent l'acheter chez nous dès maintenant, qu'ils gardent juste leur ticket de caisse bien au chaud pour témoigner de leur fidèle soutien le jour de la dédicace. Tout Fréhel acheté ailleurs ne vous donnera pas droit à une dédicace. Un verre de vin tout de même, pour soutenir le bon goût.

Fréhel de Johann G. Louis, éditions Nada, 288 p. couleurs, avec une enrichissante postface de Olivier Bailly, 288 p. couleurs, 29,90 €. Imprimé en France chez Corlet. EAN 9791092457247   

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